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| Les moutons du Bourg sous la neige Elina |
Moi qui
Moi qui voulais être les arbres, dans le souffle puissant de la pluie et le balancement des branches au soleil.
Moi qui voulais être les prés, longuement mûrissants de tous les parfums de leurs herbes.
Moi qui pensais être la terre sombre et toute ruisselantes d’eaux, grosse de la germination des graines et pleine de racines.
Qui croyais être ce pays, dans ma bouche avec ma parole. Qui croyais être ce que sont les arbres, les moissons, le sol.
Et qu’en moi s’accomplit le cycle des saisons, la pesanteur des roches et des plantes, l’engrangement et les semailles.
Le poids des bêtes chaudes, et la profonde respiration des plumes et des pelages, la coulée de la sève et du sang ; le sommeil.
Moi qui croyais être le nom de ce pays sauvage. Planté dans l’épaisseur du sol entre la source et la montagne.
Moi qui meurs lentement comme meurent les arbres, et qui m’arracherai, branche après branche.
Moi qui meurs comme meurent les pierres, mûres de l’air brûlant qui vont à l’eau dormante.
Moi qui meurs sans mémoire et qui n’étais que l’ombre d’une ombre et le murmure d’un frémissement.
14 mars 1969
(L’araignée et la rose et autres psaumes (1969 – 1986)
Edition dau Chamin de Sent Jaume , 2002
Marcèla Delpastre
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