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Dimanche 15 octobre 2006 7 15 /10 /2006 00:00





Aujourd'hui 15 octobre 2006 les Gens de Gourdon-Murat se sont rassemblés autour du monument élévé à la mémoire de Damien Magnaval , mon oncle.
A l'initiative du Syndicat des Cochers-Chauffeurs de Levallois-Perret, il est de tradition de lui rendre hommage tous les ans au mois d'octobre.
Je regrette beaucoup de n'avoir pu être là.

A voir les pages sur Danysite : Damien et la guerre d'Espagne.

Photo de la plaque de bronze du monument  prise par  Gaby Dubois

Si il y a une commémoration qui a été plus marquante que d'autres c'est bien celle qui eût lieu en 1988. Ce jour-là le colonel Rol-Tanguy parlait de son compagnon Damien Magnaval.
Voici un large extrait de son dicours .


"En ce moment toutes nos pensées vont au souvenir d’un militant  ouvrier exemplaire, responsable syndical d’une vaillante corporation parisienne , ‘les Chauffeurs de Taxi ‘, qui chaque année rendent hommage à sa mémoire, à Damien Magnaval.
Responsable syndical, militant communiste, il en avait les qualités, acquises dans les rangs de son parti….
« éducateur et formateur d’hommes, de patriotes, de cadres de l’héroïsme français ! »  disait Aragon
Au delà des luttes en France, qui aboutirent en 1936 à la victoire du Front Populaire, Damien était sensibilisé, alerté par le danger des menaces hitlériennes, contenues dans le livre de Hitler ‘Mein Kampf’ qui disait sans détour «  L’ennemi à abattre, c’est la France ! »
Et pour que nul n’en ignore, M.Thorez lisait des passages entiers de cette bible hitlérienne, à la tribune même de l’Assemblée Nationale !
On sait que nos gouvernements d’alors, les Daladier et les Bonnet , n’en tinrent  aucun compte et que leurs capitulations successives devant Hitler et Mussolini, de mars 1936 à septembre 1938 à Munich, firent perdre un à un tous ses alliés à la France, qui se trouva pratiquement isolée lorsque Hitler l’attaqua en mai 1940.
C ‘est bien d’abord pour joindre le combat à la parole, pour préserver la France de la guerre, pour faire la preuve que le fascisme – fauteur de guerre – pouvait être dissuadé de déclencher la deuxième guerre mondiale, que des patriotes comme Damien Magnaval, sont partis se battre en Espagne. Combattre aux côtés du peuple espagnol pour sa liberté et pour la nôtre.
Damien Magnaval fut de ceux qui se levèrent avant le jour…..
                                                       *********************
J’ai bien connu Damien, commissaire de compagnie au Bataillon « Commune de Paris » de la 14 ème Brigade Internationale « La Marseillaise » dont j’étais le commissaire….
Commissaire politique, pour nous, c’était revivre, dans cette responsabilité, l’épopée de la Grande Révolution Française, la légende des Commissaires aux Armées de la Première République désignés par l’Assemblée législative de 1791-1792, alors seule mandataire de la souveraineté nationale.
Les Commissaires aux Armées étaient eux, investis de pouvoirs illimités, placés aux côtés de généraux ou chefs.
Ils devaient en gagner la confiance, les seconder mais aussi étudier leur conduite et surtout, fraterniser avec les soldats, de veiller à leurs besoins, être pour eux des pères ou des amis, inculquer par leur exemple la discipline librement consentie…
L’Armée du Rhin manquait de chaussures…. Saint-Just en une journée fit déchausser tous les bourgeois de Strasbourg….
Et à Landau, il marchait le fusil à la main, à la tête des Volontaires.
                                                       **************************
Certes nous n’avions pas, dans les Brigades de l’armée Républicaine Espagnole, les pouvoirs des Commissaires aux Armées de la 1ère République Française…
Mais à tous les échelons, de la Brigade aux sections, nous devions veiller à l’élévation du moral, à la flamme révolutionnaire qui nous avait entraînés en Espagne.
Nous devions être attentifs aux conditions matérielles, nourriture, hygiène…conforter la discipline par l’explication des buts démocratiques, pour le peuple espagnol, pour la paix mondiale, buts fixés par le gouvernement de la République.
Etre des adjoints attentifs du commandement et aux combats se porter aux points décisifs, dans l’offensive comme dans la défensive.
Ce rôle Damien Magnaval l’a rempli avec courage et intelligence, un don total de lui-même….jusqu’au sacrifice suprême.
                                                    ******************************

J’ai vu d’abord son bataillon ‘La Commune de Paris’ franchir l’Ebre le 25 juillet 1938, ce fut le seul bataillon qui réussit cette nuit là le franchissement du grand fleuve espagnol.
Pour mieux assurer le succès de l’offensive générale de l’armée de l’Ebre, la 14ème brigade attaqua........plusieurs heures avant l’offensive générale….
Si vous allez en Espagne , sur l’Ebre, entre Tortosa et Amposta, se trouve un village Compredo, c’est là que combattit la ‘Commune de Paris’ et Damien Magnaval.
Il fut de ces rescapés d’une action, qui avait attiré en ce point du fleuve, les réserves franquistes et assuré le succès de l’offensive républicaine.
Franco mit 100 jours pour reconquérir le terrain repris en 5 jours par les Républicains.
Et ce fut la dure, acharnée action défensive - de la Sierra Cabales – pour la 14ème Brigade, pour ses bataillons, dont la Commune de Paris.
Si vous allez à Gandesa, ville peu éloignée de Mora de l’Ebro, vous pourrez  voir se profiler sur l’horizon les puissants contours de la Sierra Cabales, position défendue par la 14ème Brigade en septembre 1938.
Pour nous en déloger, Franco, grâce aux avions, aux canons, aux munitions fournis par Hitler, n’y réussira qu’en octobre 1938.
J’y suis retourné depuis, j’ai parlé avec un paysan espagnol, lui ai désigné les positions que nous avions défendues…..il ne voulait pas croire qu’il avait devant lui un des survivants de ces combats. Il a dit en espagnol…  « es un milagro… »….c’est un miracle !
Il ajouta « des ruisseaux de sang coulaient dans les sierras »…..
déjà la légende populaire !

Commissaire de compagnie, Damien fut à la hauteur de ses responsabilités….
C’est le 21 septembre, la veille de la relève définitive des Brigades des Fronts d’Espagne, qu’il fut tué, fidèle au mot d’ordre des commissaires
                  le premier à avancer……le dernier à reculer.

La mémoire et le souvenir des combattants des Brigades sont honorés en Espagne.
A chacun de nos voyages depuis la mort de Franco en 1975, nous les survivants, recevons l’hommage et l’expression de la reconnaissance de nos anciens frères d’armes et en particulier de la jeunesse espagnole, qui connaît l’épopée extraordinaire des Brigades Internationales et nous témoigne un respect chaleureux et de bon aloi.
Au cimetière de Fuencarral près de Madrid les tombes de nos frères sont entretenues et fleuries.  Oui la belle figure d’un Damien Magnaval a toute sa place parmi nos héros, pour qui la vie ne comptait que pour défendre la liberté, la liberté qui ne connaît pas de frontière.
C’est bien grâce à l’exemple d’hommes comme Damien, notre frère, que nous avons continué le combat dans notre résistance, pour la libération, et là nous avons retrouvé tous ceux , rescapés des Brigades, et à leur côté, nos camarades républicains espagnols.
Il n’est pas une région de France, et d’abord Paris, qui ne les aient compté parmi leurs défenseurs et leurs libérateurs ! Honneur à eux !
De nos jours une aube nouvelle se lève ! Elle est portée par des années de combat et des milliers de sacrifices, tous donnés pour que la guerre soit mise hors la loi universelle.
Aujourd’hui on parle de la paix avec assurance, on prend des mesures concrètes.
Des armes sont détruites avant d’avoir servi. Un début qui est le fruit d’une bataille soutenue, persévérante de toutes les forces de paix dans le monde.
(………………………………..)
La Paix………….ce bien le plus précieux des hommes !
Et dans cette tâche universelle, ceux qui sont tombés, avec au cœur cet espoir, d’une Paix enfin triomphante , comme Damien Magnaval …..oui comme l’a dit le poète :
« Les morts sont des vivants toujours présents à nos combats »

ROL-TANGUY octobre 1988 à Gourdon-Murat

La chanson que j'aurai bien aimé vous faire entendre mais je ne l'ai pas!
Il y a 68 ans ....la bataille de l'Ebre

« Ay Carmela! »
« El Ejército del Ebro,
rumba, la rumba, la rumba, ba,
el Ejército del Ebro,
rumba, la rumba, la rumba, ba,
una noche el río pasó, ¡Ay Carmela!, ¡Ay Carmela!,
una noche el río pasó, ¡Ay Carmela!, ¡Ay Carmela!,
y a las tropas invasoras,
rumba, la rumba, la rumba, ba,
y a las tropas invasoras,
rumba, la rumba, la rumba, ba,
buena paliza les dio, ¡Ay Carmela!, ¡Ay Carmela!,
buena paliza les dio, Ay Carmela!, ¡Ay Carmela!'.


Malheureusement, la vieille chanson des guérilleros espagnols, composée en 1808 dans la lutte contre Napoléon Ier et actualisée 130 années plus tard par les soldats républicains pendant la Guerre Civile espagnole (1936-1939) pêchait d'un optimisme exagéré. La Bataille de l'Ebre, qui a duré 114 jours, l'une des plus longues de l'histoire, s'est soldée par 100.000 morts des deux camps et a laissé littéralement exsangue l'armée populaire qui menait alors sa dernière offensive. Cet événement épique fut en effet la dernière tentative de la République pour freiner l'avance des armées de la coalition de droite dirigée par Franco qui s'était soulevée deux ans plus tôt, le 17 juillet 1936.

Publié dans : Gourdon, canton et environ
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