L'hiver 1954 fut un hiver terrible. La neige pour un temps
avait étendu son blanc manteau sur la montagne limousine mais un vent glacial soufflant du nord avait accroché une glace tenace sur toutes choses . Un monde iréel qui clouait dans leurs
maisons les bêtes et les gens .
Au collège Lakanal les élèves, les internes, n'étaient pas mieux lotis. Des chandelles pendaient aux
robinets des lavabos et seuls les téméraires tentaient de faire une toilette des plus sommaires. Une fine couche de givre recouvrait les couvertures, tout était glacé. A cette époque là il y
avait beaucoup de pensionnaires et une annexe avait été ouverte dans les locaux de l'école communale. Seuls y demeuraient les 'grands' élèves. Au petit jour alors qu'il fallait aller déjeuner et
se rendre en cours, ils sortaient et remontaient très vite la rue générale. A l'angle qui faisait le coin entre le collège et l'hôtel Nony, les téméraires qui s'étaient risqué à faire une
toilette de chat, voyaient leurs cheveux gelés et sur la peau de leurs visages se cristallisaient de petites étoiles de glace.
Le Principal du Collège , Mr Melou, avait à sa façon répondu à l'appel radiophonique de l'abbé Pierre.
Mr Melou était un homme rude, très autoritaire, craint des élèves......mais à ses heures il était poéte et musicien.
Et une chorale spéciale dirigée par Mr Courtaud chantait toutes ses chansons.
Je n'ai pas connu cette époque là , j'étais encore à l'école primaire. Mais mes frères et soeurs ont encore en tête
deux de ses nombreuses chansons:
Les papiers jaunis..... chanson triste et mélancolique au possible
et la ballade des Sans Logis
Elina s'est souvenu de quelques paroles.
La ballade des Sans Logis
Vous qui dormez au chaud dans vos maisons
Quand vous rêvez pendant la nuit
En cauchemars vos rêves tourneront
Si vous pensez aux sans logis
Mon fils dort sans berceau
Faut pas crier misère
Et surtout pas pleurer
Le jour viendra bientôt
Où sur toute la terre
Luira pour tous la liberté.
………………….
Max Melou
Je voulais par ce témoignage rendre hommage à l'abbé Pierre, à cet homme héros malgré lui qui n'a vécu que pour les autres.
Lu dans la presse hier
Emotion générale après la mort de l'abbé Pierre
22.01.07 | 17h04
PARIS (Reuters) - Les réactions émues se sont multipliées en France après le décès lundi de l'abbé
Pierre, ardent défenseur des sans-abri et fondateur du mouvement Emmaüs, pour qui un deuil ou un hommage national devrait être organisé.
De son vrai nom Henri Grouès, celui qui fut longtemps la personnalité préférée des Français, jusqu'à
ce qu'il demande à ne plus figurer dans les enquêtes de popularité, est mort à 5h25 à l'hôpital parisien du Val-de-Grâce, où il avait été admis le 14 janvier pour une bronchite. Il avait 94
ans.
"LOI DU TAPAGE"
L'association des Enfants de Don Quichotte, qui a contraint le gouvernement à prendre des mesures
d'urgence pour les mal-logés en établissant des campements à Paris et en province, a jugé qu'"il y a urgence à donner raison à l'abbé Pierre".
Les Enfants de Don Quichotte ont demandé dans un communiqué l'application immédiate des promesses
faites le 8 janvier par le gouvernement, dont l'ouverture de 27.000 places d'hébergement.
Pour l'ancien ministre socialiste et fondateur de Médecins sans frontières Bernard Kouchner, le prêtre
à la barbe blanche et à l'éternelle soutane avait "inventé la loi du tapage" pour faire avancer la cause des déshérités.
L'abbé Pierre est resté célèbre par l'appel à "l'insurrection de la bonté" qu'il avait lancé le 1er
février 1954, pendant un hiver particulièrement rigoureux, en faveur des sans-abri et des mal logés, après la mort, à cause du froid, d'une femme sur un trottoir du boulevard Sébastopol à Paris -
un épisode dont a été tiré un film.
"Chaque nuit, ils sont plus de 2.000, recroquevillés sous le gel, sans toit,
sans pain, plus d'un presque nu", déclare-t-il alors sur les ondes de Radio-Luxembourg, ancêtre de RTL.
"Il faut que ce
soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s'accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couvertures, paille, soupe et
où on lise sous ce titre, 'Centre fraternel de dépannage', ces simples mots : toi qui souffre, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t'aime",
ajoute-t-il.
Cinquième enfant d'une famille aisée - son père était négociant en textile à Lyon - Henri Grouès avait
été saisi par la vocation religieuse dès l'adolescence et était devenu franciscain.
Il s'était engagé dans la Résistance pendant l'occupation allemande de la France, sous le nom d'abbé
Pierre. Il avait alors caché des juifs et rencontré le général Charles de Gaulle, chef de la France Libre, en 1943 à Alger. Après la guerre, il avait été député de Meurthe-et-Moselle de 1945 à
1951.
Le cercueil de l'abbé Pierre sera exposé à partir de mercredi dans la chapelle de l'hôpital du Val de
Grâce.
Ses obsèques auront lieu en fin de semaine, a-t-on précisé à Emmaüs France, où l'on a évoqué la
possibilité d'une messe à Notre-Dame-de-Paris. L'abbé Pierre sera ensuite inhumé dans la plus stricte intimité à Esteville, en Seine Maritime, où le mouvement Emmaüs possède une
"halte".
Commentaires